Quand les déchets deviennent ressources

04 mai 2026

Depuis la fin de l’année 2025, l’Atelier décoration Renfile a entamé une mue constructive pour devenir l’Atelier de Design circulaire. Cette transition répond à un défi majeur : transformer les invendus et les objets voués à la déchetterie en ressources créatives.

Le constat est sans appel : la qualité des dons reçus tend globalement à baisser, reflet d’une société de consommation marquée par la «fast-fashion» et des produits à cycle de vie toujours plus court. Face à l’augmentation du volume d’objets et de meubles qui ne trouvent plus preneur en l’état, une réflexion de fond s’est imposée : «Qu’est-ce que l’on jette et que pourrait-on faire différemment ?»

Pour Lisa del Papa, responsable des Ateliers au CSP, ce changement de regard s’inscrit pleinement dans la mission de l’institution : «Nos déchets doivent devenir notre matière première. C’est l’essence même de l’économie circulaire : il ne s’agit pas d’améliorer ce qui se vend déjà bien, mais de valoriser ce qui était jusqu’ici voué à être jeté pour lui redonner une place et une valeur dans nos intérieurs.»

DE L’AMÉNAGEMENT À LA CRÉATION SUR MESURE

Cette démarche s’appuie sur une expérience menée avec succès en 2024 au CUP (Centre universitaire de l’Église protestante). Le CSP avait été invité à aménager et décorer les espaces communs d’une résidence estudiantine en utilisant du mobilier issu de Renfile. Cette collaboration a démontré qu’il était possible de créer des espaces de vie cohérents et esthétiques à partir de la seconde main.

Découvrir le projet du CUP

Aujourd’hui, l’Atelier de Design circulaire souhaite aller plus loin : passer de la simple sélection à la transformation. Cette nouvelle étape est portée par l’arrivée de Nina D’Elia, spécialisée en design circulaire et fondatrice de Trashmanship, une start-up de recherche qui vise à redéfinir la notion de déchet à travers le design, en revalorisant des matériaux de haute qualité destinés à être jetés. Récemment recrutée pour diriger l’Atelier de Design circulaire, elle apporte une approche méthodologique et expérimentale, où chaque objet est considéré comme une ressource à part entière.

«Nous ne considérons plus un meuble uniquement comme un objet à réutiliser, mais comme une ressource brute. Nous récupérons notamment du bois noble provenant de pièces invendables, que nous déconstruisons entièrement. Cette matière première nous permet ensuite de concevoir de nouveaux meubles ou des éléments de déco ration sur mesure», explique Lisa del Papa. Ce savoir-faire permet de préserver des essences de bois de haute qualité qui finiraient autrement en déchetterie en raison d’un style démodé ou d’une usure superficielle.

SUBLIMER NOS BOUTIQUES ET COLLABORER LOCALEMENT

Avec l’appui de deux stagiaires en polydesign 3D et de personnes en insertion socio-professionnelle, l’Atelier travaille désormais activement à la conception d’éléments de décoration et de mobilier spécifiques pour les vitrines et l’aménagement intérieur des boutiques Renfile. En créant des supports de présentation uniques à partir de matériaux recyclés, le CSP affirme son identité visuelle tout en restant fidèle à ses valeurs de durabilité.

Installé à l’espace Tourbillon, l’Atelier espère également devenir un pivot pour des synergies locales. Des collaborations se dessinent avec des acteurs voisins comme la menuiserie de l’association Trajets ou le FABLAB (ForPro).

L’objectif est de créer une véritable économie de proximité : «Nous souhaitons développer des liens pour que la matière vienne de chez nous plutôt que de voir nos partenaires acheter du neuf. Nous devenons un fournisseur de ressources locales», souligne Lisa del Papa.

Le textile a servi de source d’inspiration à cette transition. Plusieurs initiatives inspirantes ont vu le jour, comme les pochettes pour l’association « Save a life », réalisées en collaboration avec la SGIPA. Au-delà de la revalorisation de la matière, le CSP a pu bénéficier du savoir-faire de couturières en échange de cours de français. Tout le monde était gagnant. Autre exemple, le partenariat avec la HEAD ; depuis septembre, des étudiants de l’école de design viennent puiser dans les surplus textiles destinés à la déchetterie pour leurs projets académiques. Ce flux de matière, qui attire également des artistes et des festivals genevois, transforme l’Atelier en une véritable plateforme de ressources pour la création locale.

UNE DYNAMIQUE HUMAINE ET SOLIDAIRE

Enfin, cette évolution insuffle équipes. Les parcours de vie pluriels des collaborateur·rices du CSP, en particulier des personnes en insertion, deviennent une richesse créative essentielle à la réussite du projet. Une forme d’écologie populaire – entendue comme des pratiques de récupération et de réemploi développées par nécessité, bien avant de devenir des tendances – est ainsi valorisée. Face à un objet projets ont changé la dynamique interne. Chacun·e peut valoriser des solutions émergent alors naturellement du partage d’expériences et de savoir-faire.

Encadrées par une direction esthétique portée par Nina D’Elia et Lisa del Papa, ces compétences donnent naissance à des créations durables et cohérentes, inscrites dans une démarche de design structurée et réfléchie, qui renouvelle des techniques artisanales en les inscrivant dans une esthétique contemporaine.

«Ces projets ont profondément changé la dynamique interne. Chacun·e peut valoriser des compétences artisanales ou techniques qui ne demandaient qu’à s’exprimer», conclut Lisa del Papa.

En transformant la matière, c’est aussi l’estime de soi et le sentiment d’utilité qui se reconstruisent. L’Atelier de Design Circulaire démontre ainsi que la durabilité est autant une affaire de ressources que d’humanité.

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